Nous avons 153 invités en ligne
A propos de l'auteur
Menu principal
Souvenirs politiques
Citations royalistes
Bannière
Flux RSS

postheadericon Le Blog de Jean-Philippe Chauvin

postheadericon Les ouvriers oubliés de la présidentielle et de la République.

 

Doit-on parler de la question ouvrière en 2017 ? Elle est, en tout cas, l'une des grandes absentes du débat présidentiel, comme si elle n'était qu'une annexe mineure des débats économiques et sociaux, et qu'elle n'avait plus de sens sur la scène politique française. Il est vrai que les ouvriers ne représentent plus « que » 5 millions de personnes environ, et que leur nombre s'effrite chaque année un peu plus devant l'avancée de la robotisation, les délocalisations et la poussée permanente de la tertiarisation des sociétés. Le monde paysan a connu le même processus de déperdition numérique et d'effacement de sa visibilité aux yeux de nos contemporains depuis plus d'un siècle, processus accéléré par les fameuses « Trente Glorieuses » et le triomphe de la société de consommation depuis les années 1960 en France comme dans le reste de l'Europe. Aujourd'hui, les ouvriers sont quasiment effacés de la représentation médiatique de notre société contemporaine, et l'éclat de rire des chroniqueurs de M. Ruquier devant le candidat d'extrême-gauche Philippe Poutou, un authentique ouvrier industriel, signifiait, d'une certaine manière, le congé que la Gauche donne désormais à une classe productrice manuelle qu'elle ne veut plus reconnaître en France, si ce n'est comme une masse pourvoyeuse de votes populistes... L'ouvrier français n'est-il pas, effectivement, la « mauvaise conscience » d'une Gauche qui, jadis ouvriériste, a préféré les sirènes de l'altérité lointaine ou exotique à la défense et pérennisation d'une classe de travailleurs un peu trop proches et parfois attachés à des traditions qui leur donnaient « corps et sens » dans une société qui « du passé fait table rase » ?



Pourtant, il y aurait de quoi débattre et proposer sur les conditions de formation, d'accès à l'emploi ou des pratiques et calendrier de travail, voire sur le cadre industriel ou sur l'organisation des chantiers, etc. Sans oublier les questions salariale et de la pénibilité du travail dans certains secteurs d'activité (industrie, bâtiment, etc.), et celle de la santé des ouvriers, dont l'espérance de vie générale serait de sept ans moins élevée que celle des cadres ou des enseignants, tandis que leur espérance de vie sans incapacité majeure ou « en bonne santé » (trop peu évoquée et pourtant beaucoup plus significative) serait encore plus éloignée de celle des salariés du tertiaire...


Souvent, la question ouvrière n'est abordée qu'au moment des fermetures d'usines, quand il est déjà trop tard pour sauver les emplois eux-mêmes, et sous l'angle d'une désindustrialisation qui serait dans le cours du temps et dans la logique de la mondialisation, et contre laquelle certains nous expliquent doctement qu'il est inutile de lutter... Les ouvriers sont les grands sacrifiés de la mondialisation, et ce n'est pas seulement vrai en France ! La condition ouvrière dans les pays ateliers d'Asie ou d'ailleurs n'a rien à envier à celle que décrivaient Zola, London et Simone Weil en leurs temps respectifs... Et celle des ouvriers français de 2017 est désormais fort dépendante des intérêts et des spéculations de quelques financiers ou actionnaires qui ne laissent s'installer les unités de production que là où ils seront sûrs de faire les meilleurs bénéfices, sans trop regarder au sort de ceux qui leur permettront ces dividendes de plus en plus souvent fruits d'une exploitation brutale des travailleurs locaux.



Alors, que faire ? Doit-on se résoudre à l'abandon des classes ouvrières françaises pour complaire aux investisseurs ? Doit-on s'empêcher de penser aux améliorations possibles des conditions de travail en France ? Sûrement pas ! Et le vieux royaliste social que je suis espère bien que la question ouvrière ne sera pas vue sous un angle seulement économiste ou compassionnel mais qu'elle sera posée dans des termes de mieux-être au travail, de qualité et d'intégration dans les nouveaux équilibres écologiques et sanitaires, ne serait-ce que pour permettre aux ouvriers d'usine comme du bâtiment (entres autres) d'espérer vivre mieux et plus longtemps au regard des chiffres d'aujourd'hui, y compris après la période professionnelle.


Non, la question ouvrière, qui peut se décliner en multiples questions professionnelles, productives et sanitaires, ne doit pas être négligée, ni dans cette campagne présidentielle ni hors et après celle-ci ! Sans doute faudra-t-il la rappeler régulièrement aux hommes politiques qui ont tendance à ne voir que les chiffres et à oublier ceux, les ouvriers, qui leur donnent de la consistance par leur rude travail quotidien.


Dans l'histoire, et sauf quelques notables exceptions comme celle du Front Populaire (avec les erreurs, voire les fautes de celui-ci dont les conséquences se firent sur le long terme et au dépens de la France comme de ses travailleurs) mais aussi de l'époque gaullienne, la République n'a guère eu beaucoup d'égards envers les ouvriers, préférant les fusiller en 1848 à Paris comme en 1908 à Draveil, puis les matraquer ensuite avant que de les juger et condamner ces dernières années pour mieux décourager toute colère et toute contestation ouvrières.



En ouvrant une ancienne brochure royaliste des années 1900, je tombe sur ces quelques phrases auxquelles j'avoue souscrire entièrement, en attendant mieux encore par l'action politique et la conquête sociale : « Les intérêts du Roi et de la classe ouvrière sont confondus. Le Roi exilé, c'est la classe ouvrière maintenue dans la servitude ; le Roi sur le Trône, c'est l'abolition du prolétariat, c'est le droit de cité restitué à la classe ouvrière ». Oui, le droit de cité, le droit de se faire entendre et respecter par les forces financières et industrielles, et celui d'être écoutée et, éventuellement et autant que faire se peut, soutenue par une classe politique qui, aujourd'hui, préfère parler de « valeurs de la République » mythiques plutôt que de préserver les intérêts concrets des ouvriers, ceux d'ici et de maintenant.


Puisque la République ne veut pas assurer la défense ouvrière française, il faudra bien que les royalistes, sociaux par nature, assument avec d'autres (qu'ils soient de droite ou de gauche, des marges ou des centres, syndicalistes ou indépendants), cette régence-là, en préparant le recours à cette Monarchie qui, pour s'enraciner, se devra d'être sociale et politique à la fois, juste et forte, protectrice et fédératrice. En un mot : royale !

 


Mis à jour (Mercredi, 08 Mars 2017 20:17)

 

postheadericon La Monarchie n'est pas un parti.

 

Les actuelles joutes présidentielles nous démontrent à l'envi toute la dangerosité mais aussi le ridicule de cette course au Pouvoir de quelques ambitions personnelles et partisanes qui oublient les réalités pour s'attacher les votes des électeurs, du moins durant les jours de scrutin. Les promesses ne font pas un programme et les programmes ne tiennent pas leurs promesses, et les citoyens l'ont compris qui, pour beaucoup, désespèrent de voir des solutions concrètes et crédibles sortir des urnes printanières. La Nouvelle enquête sur la Monarchie est aussi l'occasion de rappeler qu'il existe, au-delà de la République et de ses différentes formes, un « autre régime » que l'on peut, au regard de l'histoire et de la contemporanéité républicaines qualifier de « nouveau », hors et au-dessus des partis et de leur système...

 


La transmission héréditaire de la magistrature suprême de l’État est le meilleur moyen de l'indépendance royale, même si elle ne garantit pas forcément que le souverain soit totalement libre de toute influence. Ce qui est certain, en tout cas, c'est que l'hérédité libère l’État et que la Monarchie n'est pas, ne peut pas et ne doit pas être un parti, même royaliste, ce que le comte de Paris et son père, le duc de Guise, n'ont cessé de répéter en leurs temps respectifs, parfois aux dépens de l'Action Française qui, néanmoins et heureusement, restera toujours fidèle à la Maison de France.


Cela signifie-t-il que la Monarchie ne s'engage pas, et qu'elle reste politiquement neutre ? Dans la conception française de la Monarchie active, elle n'est pas un simple ornement institutionnel, et elle joue un rôle arbitral qui n'est pas, au contraire de la République encore mâtinée de jacobinisme (parfois très conscient et revendiqué, comme l'a prouvé le redécoupage des régions à la sauce « hollandaise » de ce quinquennat-là, qui n'a tenu aucun compte ni des réalités historiques ni des légitimes doléances régionalistes), un pouvoir arbitraire. Arbitrer n'est d'ailleurs possible que si les règles sont connues et l'arbitre reconnu : l'indépendance de nature de la magistrature suprême de l’État en Monarchie permet l'arbitrage dans de bonnes conditions, mais, dans le cadre de la Monarchie fédérative, les décisions royales ne sont pas aussi nombreuses que dans une République (plus « parisianiste » que française), ce qui au passage leur accorde aussi et ainsi plus de force et de crédibilité. Comme le disait un vieux sportif royaliste, « le roi laisse jouer » et il n'intervient que lorsque, faute de pouvoir dénouer une situation compliquée, l'on fait appel à lui. Au risque de surprendre, mais en reprenant une intuition de l'avocat monarchiste Jean-Marc Varaut, je dirai que la Monarchie joue, d'une manière certaine, le rôle de l'actuel Conseil constitutionnel ! Rien de moins, et sans doute un peu plus...



Car, contrairement au Conseil constitutionnel, le roi n'est pas nommé par des personnalités institutionnelles et partisanes, ni en fonction de choix politiques : là encore, sa naissance le préserve de ce choix fait par d'autres que le « hasard contrôlé » inhérent à la Monarchie héréditaire et successible. De plus, le roi est le symbole visible, l'incarnation de la nation plurielle sans parti-pris, le double trait d'union, temporel entre le passé et le présent, et politique entre les toutes les composantes constituées de la France : il n'est pas l'homme d'un parti ou d'une partie contre l'autre, il est au-dessus des partis et des parties, et sa force est de ne jamais dépendre d'eux puisqu'il ne leur doit rien, et sûrement pas sa légitimité, de nature et d'origine « extra-démocratique », ce qui lui permet de garantir le libre exercice par chacun de ses droits, libertés et pouvoirs, sans interférer sur ceux-ci. Le roi est l'autorité « au-dessus » qui permet les libertés à tous les niveaux de la nation ; il est le sommet de la pyramide des pouvoirs et la condition de la nécessaire subsidiarité qui fait vivre, à tous les degrés de l'échelle, les pouvoirs concrets. La Tour du Pin résumait cela en expliquant qu'il fallait remettre la Monarchie dans l’État et la Démocratie dans les provinces, les communes et tous les autres corps intermédiaires : c'est, encore et toujours, le sens même du combat royaliste, un combat qui ne cherche pas la victoire d'un parti royaliste mais l'établissement d'une Monarchie sans parti-pris, pour servir le pays et non « se servir ». L'actuelle présidentielle, avec son lot de promesses et de scandales, semble bien loin d'une telle perspective : elle est, aujourd'hui, le meilleur argument a contrario de la Monarchie et il serait bien dommage de ne pas le faire savoir à nos concitoyens...

 


Mis à jour (Mercredi, 08 Mars 2017 00:37)

 

postheadericon L'hérédité et la révolution royale.

 

La Nouvelle enquête sur la Monarchie est l'occasion de rappeler quelques principes fondamentaux de l'institution royale, sans négliger que celle-ci est aussi empirique et qu'elle peut évoluer dans le temps, par souplesse et en appliquant cette « tradition critique » que vantait tant Maurras à défaut de toujours l'appliquer. Ainsi, évoquer la Monarchie comme une « révolution royale » n'a rien de bien surprenant, même si le terme « révolution » n'est guère populaire parmi nombre de monarchistes « contre-révolutionnaires ». Néanmoins, l'usage que je fais de ce terme n'enlève en rien ma défiance à l'égard de « la Révolution », qu'elle soit française ou iranienne, celle qui se pare d'une majuscule comme d'un mur menaçant, celui contre lequel on assassine les contradicteurs...


 


Cette révolution royale n'est effectivement possible que par le mode même d'accession à la magistrature suprême de l’État en Monarchie : l'hérédité, et, en paraphrasant quelque doctrinaire célèbre, l'on pourrait parler d'une « révolution permanente », du moins à (et par) chaque génération royale qui accédait au trône, ce qu'avait souligné le comte de Paris dans les années 1980. Quand le fils succède au roi son père, il devient lui-même roi, par ce qui est le plus tragique et le plus naturel des événements, la mort de celui à qui il doit la vie même : « le roi est mort, vive le roi ! ». Ainsi, c'est de la naissance et de la mort que la Monarchie tire sa force et son indépendance : la naissance est la seule chose que, aujourd'hui, l'on ne peut acheter, et, le plus souvent, la mort est une chose qui reste largement inattendue... Le choix, dans l'un ou l'autre des cas (mais plus évidemment en la naissance qu'en la mort qui peut aussi être provoquée ou « avancée »...), n'appartient pas exactement aux hommes et, donc, n'est pas un effet de manœuvres politiciennes ou de combinaisons électorales : c'est néanmoins principalement la naissance qui donne ainsi une totale indépendance au roi, qui ne doit son trône qu'aux effets d'un « hasard contrôlé », issu de l'union d'un homme et d'une femme, et qui peut, par ce mode de succession, parler à tous sans apparaître devoir son pouvoir à l'un ou l'autre des partis qui, au sein ou en dehors de l’État, aspire à gouverner.



Mais, comment contrôler le hasard dans le cadre de la Monarchie, se demanderont certains ? En fait, c'est l'ordre même de la succession et ses règles qui permettent ce contrôle et assure une continuité et une légitimité à la magistrature suprême de l’État. Ainsi, il n'y a pas de surprise le jour où le roi meurt : c'est tout naturellement que le sceptre glisse des mains du feu roi vers le nouveau souverain, et que celui-ci peut le brandir aux yeux du pays et du monde, quelles que soient ses qualités ou, même, ses défauts, et les rois, hommes parmi les hommes, n'en sont pas dépourvus. L'avantage de la Monarchie, c'est que, justement, elle ne nie pas la part « fautive » de toute humanité : elle prend les hommes tels qu'ils sont, et non tels qu'ils devraient être dans un idéal d'homme « parfait », idéal qui, malheureusement, mène trop souvent aux dérives totalitaires de « l'homme nouveau » expurgé de toute possibilité d'erreurs mais aussi de pardon de celles-ci... « Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre », dit Jésus dans l'évangile de saint Jean. La Monarchie reste un régime éminemment humain et non un système idéologique : plus encore qu'une doctrine, qu'elle peut être, elle est d'abord un ordre et une pratique qui se fondent sur les lois fondamentales de la nature humaine sans se laisser posséder ou dominer par elle.


L'histoire nous a prouvé que cette règle du « hasard contrôlé » assurait la succession et la continuité au faîte de l’État sans qu'il soit vraiment contesté, du moins beaucoup moins que lors des joutes électorales dans lesquelles les prétendants doivent se justifier en permanence de leurs prétentions et de leurs soutiens, voire de leurs choix anciens ou de leur « légalité ». La naissance d'un dauphin assure la permanence de la magistrature suprême qu'il n'exerce pourtant pas encore : cela nous rappelle que, plus qu'un homme seul, le roi est un héritier qui, à son tour, transmettra l'héritage ; il est un maillon de la longue chaîne dynastique qui traverse les siècles et autorise cette longue vie et mémoire de la nation aux yeux du monde et des générations présentes et à venir. Dans un monde incertain et dans une nation qui doute parfois d'elle-même, c'est un point de repère et un ancrage dans le temps qui sont loin d'être inutiles...


Néanmoins, les rois ne sont pas identiques, et chacun est unique : c'est aussi cela cette « révolution permanente » royale ! le fils n'a pas forcément les idées du père car il est né en d'autres temps, sous d'autres étoiles, et il s'inscrit dans une autre contemporanéité. D'ailleurs, s'il est roi, ce n'est pas pour être le clone de son prédécesseur mais pour assurer la continuité de la magistrature suprême de l’État, et son exercice politique nécessite une prise en compte des réalités du moment qui ne sont pas forcément celles du siècle passé : le roi est libre, dégagé de l'action de son père s'il n'est libre de son ascendance, et il renouvelle la figure incarnée de l’État, comme son fils la renouvellera à son tour le jour venu, cela sans menacer en rien l’État lui-même qu'il pérennise.



Il est un autre avantage, peu évoqué, mais qui n'est pas négligeable : la succession dynastique en France, par principe, rajeunit le trône d'une génération à chaque fois ! Encore une forme de « révolution » qui n'est pas forcément mauvaise, et qui donne à chaque génération (ou presque) « son » roi, celui qui vieillit en même temps qu'elle sans que les autres ne soient oubliées par ce mouvement naturel du temps qui passe : il joue aussi, par sa fonction et sans oublier sa place dans une famille qu'il représente le temps de son règne, le rôle d'un trait d'union entre toutes les générations du pays... Le roi est cet homme qui n'est pas prisonnier d'un calendrier électoral mais qui n'est pas libre du temps qui passe, d'un temps qu'il accompagne sans le dépasser, qu'il peut commander parce qu'il lui obéit.


Quand l'heure de sa mort est venue, qu'il « a fait son temps » sans que son départ soit l'objet de son choix mais bien plutôt (en majeure partie) d'une forme d'externalité parfois peu maîtrisée (la maladie, la vieillesse, l'épuisement du corps qui peuvent avoir des effets si différents selon les êtres, mais aussi parfois l'accident), il peut fermer les yeux en sachant que, demain, son successeur sera déjà là, qu'il est déjà là et qu'il porte en lui et par lui-même la fonction royale... « Messieurs, je m'en vais, mais l’État demeure, demeurera toujours », souffle Louis XIV sur son lit de souffrance dont il sent bien qu'il sera son lit de mort...


« En France, le roi ne meurt jamais », affirmaient les légistes de l'Ancienne France : c'était l'assurance que la France, elle aussi, vivrait toujours...

 

 


(à suivre : la Monarchie n'est pas un parti)

 


Mis à jour (Lundi, 06 Mars 2017 21:38)

 

postheadericon Face à une République à bout de souffle, quel nouveau régime ?

 

Dans le cadre de la Nouvelle enquête sur la Monarchie que j'essaye de mener malgré une actualité prenante et un peu obsédante qui nous prive de bons et vigoureux débats d'idées, voici ci-dessous une brève réflexion sur l'élection présidentielle et cette « révolution par le haut » que j'appelle de mes vœux, en bon royaliste conséquent et soucieux de l'intérêt d'une France aujourd'hui « proie » d'intérêts qui ne sont pas les siens...


 


L'actuelle campagne présidentielle est-elle un désastre démocratique, comme le suggèrent quelques commentateurs, en particulier étrangers ? Il est vrai que le spectacle donné par la classe politique et celle des discoureurs (« la classe discutante » évoquée par Weber) n'est guère susceptible de motiver nos concitoyens à s'engager en politique, et qu'il aurait plutôt pour effet de les détourner des urnes alors qu'ils sont censés être les souverains en République...



Et si c'était la logique démocratique elle-même qui expliquait ce désordre politique en opposant les uns et les autres dans la conquête de la magistrature suprême de l’État, celle-ci devenant la proie de toutes les ambitions et de toutes les coteries qui se parent du nom de partis quand elles ne sont, souvent, que clans ? Ce n'est pas la première fois qu'une élection présidentielle ressemble à un combat de coqs et que l'image de la politique en sort dégradée, tandis que l’État en ressort, sinon affaibli, du moins prisonnier des promesses (mais ces dernières n'engagent que ceux qui y croient, ce que M. Hollande a prouvé avec une belle constance en sa présidence) et, encore plus exactement, des parentèles idéologiques (mais aussi financières et économiques) et des clientèles électorales à l'approche du scrutin. Mais il est vrai que, cette fois-ci, la campagne apparaît particulièrement agitée et, même, crapoteuse : les affaires judiciaires qui remontent à la surface ou qui sont opportunément dévoilées ont fait oublier les vrais débats politiques et économiques, mais empêchent aussi de dresser le bilan du quinquennat qui est en train de s'achever dans le désordre civil et l'apathie gouvernementale. Et c'est, comble de l'ironie, un ancien ministre de l'économie de M. Hollande qui est, à l'heure à laquelle j'écris et avec les précautions d'usage, en position de favori pour devenir le prochain locataire de l’Élysée...


Devant une telle situation, doit-on se réfugier dans le rêve d'une Sixième République qui, d'un coup, serait enfin la République parfaite et idéale dans laquelle les citoyens seraient vraiment les souverains que les grands discours des doctrinaires et des débuts de la République annonçaient ? A bien y regarder, cette nouvelle République ne serait, en définitive, que le retour au parlementarisme débridé des Troisième et Quatrième Républiques, avec un zeste de référendums locaux, si l'on en croit MM. Hamon et Mélenchon : rien de bien rassurant ni vraiment efficace, et la Sixième promise risque bien de n'être qu'une République de plus, quand la France en a déjà éprouvé cinq et de multiples constitutions sans résoudre l'équation politique d'un État solide et pérenne au sommet et de pouvoirs multiples et concrets à la base et dans les différents étages de la construction nationale française.


Malgré les tentatives de la sauver, la réformer ou la repenser, la République (en tant qu'institutions) arrive-t-elle en fin de cycle, puisqu'elle semble à bout de souffle ? C'est possible et pourquoi ne pas en accepter l'augure, mais il ne sert à rien de se plaindre de ses effets si l'on ne propose rien qui la remplace efficacement et durablement... Ce n'est pas d'un programme électoral de plus dont notre pays a besoin, mais bien de nouvelles institutions et d'un nouveau régime, d'un État digne de ce nom, de notre histoire et des nécessités non seulement françaises, mais aussi européennes et mondiales, la France ayant vocation à être présente, encore et toujours, sur la scène internationale comme une puissance à la fois affirmée et médiatrice, et non repliée sur elle-même.



Ce nouveau régime nécessaire n'est pas l'ancien régime, et, s'il veut rompre avec les mauvaises habitudes de l'actuel et les principes qui le guident, il ne s'agit pas pour autant de « faire table rase du passé » et d'oublier tout ce qui a été depuis que la Monarchie n'est plus : au contraire, la Monarchie, qui a pour ambition de renouer un fil hier tranché, doit assumer tout le passé de la nation, ses passions comme ses raisons, et en tirer profit, pour une nouvelle synthèse française et cet avenir que « tout esprit bien né souhaite à sa patrie », selon la formule consacrée. Cela ne signifie pas, pour autant, qu'elle renonce à ce qu'elle est, profondément, politiquement comme spirituellement, mais au contraire qu'elle dépasse les conflits anciens pour mieux incarner l'arbitrage suprême dans un pays aujourd'hui divisé, voire déchiré, par les luttes idéologiques et les incompréhensions, ni tolérables ni tolérantes... C'est par le haut qu'il est possible de sortir du piège des carcans et des idées reçues, de ces antagonismes qui, pour certains d'entre eux, n'existent que parce que « la première place » est toujours à prendre en République alors qu'il s'agirait, pourtant et d'abord, de servir le pays et ses habitants, personnes civiques comme familles constituées...


La « révolution par le haut » pour laquelle Maurras, en ses heures les meilleures, militait ardemment, n'est pas exactement royaliste (le royalisme n'étant qu'un parti-pris, aussi honorable soit-il), mais elle est, par nature et de statut, éminemment et politiquement royale.

 

 


(à suivre : la révolution royale ; la Monarchie n'est pas un parti.)

 


Mis à jour (Dimanche, 05 Mars 2017 19:50)

 

postheadericon Quand l'Allemagne oublie toute idée de solidarité européenne à l'égard de la Grèce.

 

La tragédie grecque continue... Combien de fois ai-je soupiré cela, et combien de fois ai-je entendu la réaction de quelques uns qui rétorquaient que les Grecs l'avaient bien cherché, qu'ils n'avaient que ce qu'ils méritaient, etc. ? Ces réponses ne me plaisent pas, quels que soient les défauts et les fautes des Hellènes, et je n'aime guère les amalgames qui punissent, en définitive, tout un peuple comme si tous étaient coupables de la situation, même ceux qui, lors des tricheries initiales sur la réalité du déficit de l’État, n'étaient pas nés ou qu'à peine adolescents.


La Grèce entre dans l'Union européenne avant même qu'elle ne prenne ce nom, et elle a été reçue au sein du club européen pour des raisons qui tiennent autant à l'histoire, en ces années 1980 où elles étaient encore considérées comme légitimes, qu'à la politique, la Grèce ayant retrouvé sa place au sein des démocraties après la dictature des colonels qui avait déposée la Monarchie locale du roi Constantin : l'entrée accélérée dans la Communauté économique européenne était aussi une occasion pour cette dernière de montrer qu'elle était la chance pour les pays de l'Europe du sud d'effectuer un rattrapage économique et d'accéder à la société de consommation, si attractive pour des populations qui vivaient alors chichement, même si c'était librement et sans dettes majeures... C'était aussi l'époque où la France dominait encore la construction européenne et que son président depuis 1974, Valéry Giscard d'Estaing, en incarnait, par son discours enjôleur, la belle illusion d'une nouvelle solidarité entre États d'Europe.



Aujourd'hui, rien ne va plus, et la fraternité européenne ressemble à celle de la Révolution française : « baiser Lamourette », et guillotine universelle pour les mal-pensants... Vaste hypocrisie qui profite des bons sentiments de nombre de nos concitoyens, sincèrement « européens », et qui assassine chaque jour un peu plus ceux qui n'y croient plus, recrus de malheurs sociaux et victimes d'un véritable acharnement des ordo-libéraux qui ont pris, concrètement, le contrôle de la politique économique de l'Union européenne, sous la houlette du ministre allemand des finances M. Schäuble, l'intraitable homme de fer de l'Europe.


Ces jours-ci, l'Allemagne a encore imposé sa vision au reste de l'Europe de Bruxelles, et a refusé tout allégement de la dette grecque, alors même que la République fédérale avoue un excédent commercial de 270 milliards d'euros, encore plus important que celui de la Chine, et qu'il atteint 8,7 % du PIB de 2016 quand l'UE n'autorise, dans la zone euro, qu'un plafond de 6 %, cela pour éviter un trop grand déséquilibre au sein de l'espace monétaire unique européen. Cet excédent ne me semble pas, en soi, condamnable. En revanche, ce qui est condamnable mais que peu de responsables politiques de l'Union soulignent, c'est l'absence de solidarité concrète d'un pays à l'économie florissante avec un pays qui, depuis sept longues années, vit une véritable et continuelle descente aux enfers, avec une économie sinistrée par une dette qui, malgré tous les efforts faits et consentis par les citoyens grecs, ne cesse d'enfler. C'est aussi l'absence de politique alternative à celle de l'Allemagne présentée par une puissance comme la France, qui pourrait se faire entendre et mieux entendre, surtout. Quand M. Sapin, libéral honteux à Paris et beaucoup plus libéré loin de la capitale française, se rallie à l'intransigeance germanique avec des mots qui rappellent ceux d'un certain Laval qui confondait déjà intérêt de l'Europe avec intérêt de l'Allemagne, il y a de quoi s'encolérer ! « Ce n'est pas une position allemande, c'est une position que nous partageons », affirme-t-il à propos du maintien du FMI dans la troïka qui soumet, en définitive, la Grèce à la plus violente des austérités contraintes. Propos tristement révélateurs d'un abandon de toute volonté d'indépendance nationale de la part du gouvernement...



C'est l'absence d'une France forte et capable de se faire entendre et respecter par ses partenaires et en particulier par l'Allemagne, qui défait toute idée et pratique d'une réelle fraternité européenne au service des nations et des peuples. Si l'on veut aider la Grèce, c'est bien à la France qu'il faut redonner les moyens politiques d'être et d'agir : il n'est pas certain que le scrutin présidentiel du printemps réponde à cette exigence. Cela n'empêche pas néanmoins d'y penser et d'y travailler...

 


Mis à jour (Lundi, 27 Février 2017 23:26)